Dimanche 27 juin 2010
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Nouméa
Policiers révoqués :
les syndicats ripostent
Hier matin, à l’appel de l’intersyndicale CSTNC-Fédération des fonctionnaires, un mouvement a été improvisé devant la mairie
pour protester contre « les trop lourdes sanctions » prises à l’encontre de huit policiers municipaux syndicalistes. Les fonctionnaires ne comptent pas en rester
là.
« Pourquoi le maire a mis la barre si haut au niveau des sanctions ? Est-ce pour montrer que la
ville peut tout se permettre ? Est-ce de la provocation ? Je pense plutôt qu’il voulait se payer des syndicalistes », lance, très agacé, Thierry Mayereaux, CSTNC, lors de la conférence de
presse organisée hier après-midi. Son agacement est dû aux sanctions prononcées par le conseil de discipline, alourdies par le maire, Jean Lèques, à l’encontre de huit policiers municipaux,
« tous délégués syndicaux ».
Pour l’un des gradés, Raymond Bogey, brigadier-chef, l’arrêté de révocation qui lui a été remis mercredi contient une mention qui fait bondir (et ravit en même temps) le syndicat, qui compte bien
s’en servir pour contre-attaquer.
« Il est écrit noir sur blanc que “ sa position hiérarchique, sa personnalité et son mandat syndical ont largement contribué à inciter à la désobéissance ses collègues “ . Ça,
normalement, c’est du pénal, lâche Thierry Mayereaux. On ne doit pas faire état des appartenances syndicales, religieuses ou politiques. Si la mairie en arrive là, c’est qu’elle pense
qu’elle peut tout faire, en toute impunité, et qu’elle sera couverte. Normalement, il faut qu’on se batte pour prouver qu’une personne a été virée parce qu’elle appartenait à un syndicat, et là,
la mairie le mentionne par écrit. C’est irréel ! »
Si c’est confirmé par nos juristes que c’est du pénal, nous irons devant les tribunaux.
Sylvain Néa, secrétaire général de la CSTNC, va plus loin : « Depuis un certain temps, nous sommes visés et ce qui arrive ne
m’étonne pas tellement. Si c’est confirmé par nos juristes que c’est du pénal, nous irons devant les tribunaux, parce qu’en Métropole ce serait le cas. Ici, le code du travail est beaucoup plus
large. »
Le syndicat veut donc engager une procédure juridique et annonce même que, s’il faut faire venir un avocat de Métropole pour les aider, « comme ils l’ont fait dans le temps », ils
n’hésiteront pas. « S’il y a une faille quelque part pour envoyer le maire à la barre, on le fera », a déclaré Sylvain Néa, tout en précisant que l’affaire est loin d’être terminée et
que le bureau doit se réunir la semaine prochaine pour savoir quelles suites donner au mouvement. On parle de marches ou de manifestations.
Pour Raymond Bogey, qui parle désormais librement, l’ambiance était exécrable au sein de la police municipale et les choses ne se sont pas arrangées avec l’arrivée du directeur Johann Gognetti,
en charge de la réformer. « Il ne convoque les gars que pour des entretiens préalables avant sanctions. Les blâmes tombent de toutes parts. Tous ceux qui ont participé aux mouvements de
grève sont visés. »
Ludovic Lafon
8 syndicalistes, 8 sanctions
Les sanctions prononcées mercredi par Jean Lèques n’ont pas été commentées. Deux gradés ont été révoqués, il s’agit de Raymond
Bogey, brigadier-chef, et de Glen Peters, brigadier, tous deux étaient délégués syndicaux, l’un à la CSTNC et l’autre à la Fédération des fonctionnaires. Deux autres gradés ont été
déplacés d’office (ils resteront employés de la ville, mais plus à la municipale). Il s’agit de Jean-Pierre Marjoeki, brigadier-chef et délégué syndical CSTNC, et de Gino Moisson,
brigadier-chef et délégué syndical Fédération des fonctionnaires. Les quatre autres agents et gradés, également délégués syndicaux, sont radiés du tableau d’avancement pour l’année
2010.
La grève « illégale » fait débat
Rappel des faits. Du 28 novembre au 4 décembre 2008, une vingtaine de policiers municipaux ont mené une grève. Ils assuraient
cependant un service minimum volontaire, ce qui était alors l’usage dans le service. Problème : dès la première nuit, un jeune homme s’était fait battre à mort sur la place des
Cocotiers.
Bien qu’ils soient intervenus pour cette urgence, les grévistes ont refusé de sortir plusieurs fois, les jours suivants. Rapidement, ils ont été sanctionnés et les syndicats ont vivement
protesté. Le procédé était plutôt neuf, côté mairie. Sur vingt-six agents visés, dix-huit ont reçu des blâmes pour « mouvement de grève illégal » (l’heure de début manquait
sur le préavis). Lors du conseil de discipline, le motif est devenu « refus d’obéissance », la notion de « grève illégale » ayant disparu.
Pourtant, la mairie en fait état, dans l’arrêté de révocation des policiers gradés : « Pendant cette période, l’intéressé se trouvait en situation de grève illégale, à savoir
« grève perlée » dont la légalité n’est pas reconnue par les textes ou la jurisprudence. »
« On prend des sanctions pour des choses dont on n’a pas parlé au conseil de discipline. Ils n’étaient pas convoqués pour cela, c’est pas mal quand même ! De plus, la révocation est à
effet immédiat. C’est un cas d’école dans la fonction publique, parce que, normalement, on suspend immédiatement les policiers par mesure conservatoire en attendant le conseil de
discipline. Là, on les a envoyés au feu pendant un an et demi, durant lequel ils imaginaient au pire une rétrogradation », précise Thierry Mayereaux.
Source: LNC
27/06/2010